Démarche artistique


Je suis à la fois artiste-plasticien et vidéaste.

Mon travail se déploie sur ces deux axes, dans un aller-retour permanent entre ces deux disciplines. Il y a, donc, d’un côté des vidéos et des installations filmiques que j’appelle : Les vidéo-sculptures. De l’autre des œuvres plastiques réalisées à partir d’images fixes (parfois tirées de mes propres films) donnant lieux à différentes séries : Les sculptures de pensée et sculptures de film (sculptures en lien avec des images imprimées), Les Films Immobiles (des oeuvres entre sculpture, peinture et collage) et Les amorces (œuvres sur papier mi collage, mi peinture).

Depuis une vingtaine d’années, je réalise des films dont la plupart sont destinés à être montrés sous forme de Vidéo-sculptures. Ces films, au fil du temps, sont devenus des films de fiction (scénarisés et interprétés par des comédiens et des comédiennes). Ils ont la particularité d’être écrits et mis en scène en tenant compte de l’effet généré par le dispositif de monstration lui-même. Au point que le film ne prend pleinement son sens qu’à être projeté au sein de ces dispositifs dédiés. Je considère ces propositions comme une pratique du cinéma étendu, des sortes de machineries destinées à piéger ce qui ne peut se manifester que de cette façon là, bien loin des écrans de projection classique et des récits du cinéma linéaire. Le noyau dur de cette longue série de vidéo-sculptures, c’est la terribilità, ce mélange de beauté et d’effroi, ce sentiment tragique et poétique, exprimé par les personnages de mes fictions, d’être confronté à quelque chose qu’ils ne comprennent pas, qui les dépassent, qui les fascinent et les terrifient. Ce tragique est un ressenti poétique, magique, non rationnel du monde. C’est un mélange de terreur et de beauté, d’effroi et de poésie, de mystère et de sidération. Rilke, comme Michel-Ange, appellent ce sentiment: le Terrible, La terribilità, le sentiment du Terrible.

Les Films Immobiles et les Sculptures de pensée, sont des œuvres plastiques réalisées avec des images fixes (images imprimées, photographies, impressions laser, transfert, sérigraphies,etc.). Les films immobiles s’accrochent au mur (comme des tableaux ou comme des écrans). Ils sont faits de plusieurs morceaux potentiellement interchangeables déposés sur des étagères fines en Inox.Réalisés avec des matériaux et des techniques variées (bois, plexi transparent, métal, peinture, collage… ), ils évoquent un film suspendu, potentiel mais immobile. Les plans (disposés les uns à côté des autres ou se chevauchant partiellement) supportent des images, des mots, des aplats de couleurs. Comme sur une table de montage, ces différents plans prennent un sens plutôt qu’un autre en fonction de leur disposition et des rapports, des dialogues qui s’établissent entre eux. Les mots utilisés apparaissent parfois dans des bulles et renvoient à une sorte de voix intérieure ou de parole qui pourrait être celle des personnages, souvent vus de dos, qui apparaissent dans ces collages grand format.

Les Amorces sont des collage-peintures, des œuvres sur papier de différents formats. Ils font co-exister des mots avec des aplats de couleur et une image photographique, elle-même repeinte, parfois tirée de mes propres films. Mots, images, couleurs et textures dialoguent ensemble et constituent des amorces de récits ou de films, des moments suspendus, énigmatiques parce que volontairement fragmentaires et lacunaires.

La plupart de ces pièces empruntent leur vocabulaire au mode de fonctionnement des arts narratifs (le cinéma, la littérature, la poésie…). La psychanalyse et un certain intérêt pour les trébuchements de l’inconscient, une volonté récurrente de sculpter ces immatériaux que sont la parole et la pensée, ont souvent été le moteur de l’élaboration de ces différentes séries.